Les explorateurs et les aventuriers
En juillet 2024, Gwen Aznar, une copine éditrice, me propose de rédiger un livre sur les explorateurs et les aventuriers pour la collection des Trombinoscopes de Marabout, dirigée par Benoit Bontout. Ma première réaction fut de me dire : « Pas pour moi ! ». Journaliste, autrice de fiction, je ne me voyais pas plonger à corps perdu dans un travail de recherche historique. La légitimité à réaliser tel ou tel article ou livre se pose à chaque fois qu’un projet éditorial m’est proposé. Salutaire, parfois, le questionnement peut aussi s’avérer délétère, signe d’un manque de confiance en mes capacités de travail ou d’adaptation. Comme souvent, j’évoque le sujet avec mon compagnon. Et comme souvent, il me convainc de l’intérêt du projet et balaye mes doutes d’un revers de main. Qu’il en soit remercié !
Historienne de formation, fille d’un père professeur d’histoire à l’université, la discipline ne m’est pas inconnue, loin de là. En écrivant ces lignes, je me remémore les souvenirs heureux de mes années de fac, naviguant entre la Rome antique et la France du XXe siècle, entre exposés et recherches au long cours. Je ressens encore l’émotion qui m’a parcourue lorsque pour la première fois j’ai franchi les portes de la Bibliothèque nationale de France, située alors rue Richelieu (Paris 2e). Je rentrais dans le Saint des saints, le Graal des historiens !
Peu après, j’ai embrassé la carrière de journaliste, devenant une « historienne du temps présent ». Une expression qui, si elle souligne la différence entre les deux disciplines, dit aussi leur proximité. Et c’est ce que j’ai redécouvert avec délectation en m’attelant à la rédaction du livre sur les explorateurs et les aventuriers.
Tout d’abord, j’eus à rédiger un premier chapitre, sur le personnage de mon choix, afin de valider avec mon éditrice que le ton employé était juste eu égard à l’état d’esprit de la collection, mélange de petites et de grandes histoires, de connaissances solides et de traits d’humour, le tout richement illustré par des œuvres d’art ou des documents d’époque. Le Portugais Vasco de Gama fut le premier à passer sur le grill ; en étudiant sa vie, en triangulant les sources, en sélectionnant les informations à privilégier, je testais alors la méthode de travail qui allait devenir mon quotidien durant dix mois. Dix mois d’un travail colossal qui m’a fait voyager aux quatre coins du globe et parcourir dix siècles de notre histoire. J’ai ainsi navigué sur des knarrs – le bateau des Vikings -, des caraques, des nefs, des caravelles, des frégates… ; j’ai plongé dans les tréfonds de l’océan avec un bathyscaphe ou un scaphandre autonome ; j’ai arpenté les terres inconnues de l’Afrique intérieure à dos de chameau ; j’ai découvert des aventurières hors du commun et redécouvert la face sombre de certains héros de nos livres d’histoire…

Pour finir, j’ai relaté le parcours de 70 explorateur·trices et aventurier·ières, soucieuse de laisser une place importante aux femmes et aux non-Européens. Soucieuse aussi de ne pas omettre des figures importantes, même si moins célèbres que les incontournables Colomb, Magellan ou Cook, un choix parfois difficile tant les candidats étaient nombreux et le nombre d’élus limité. Mais comment ne pas valoriser comme il se doit Juan Sebastián Elcano et Jeanne Barret, respectivement le premier homme et la première femme à réaliser un tour du monde, injustement méconnus ? Comment passer sous silence l’incroyable périple du berbère Ibn Battûta dans le monde médiéval islamique du XIIe siècle ? Comment ne pas rappeler que les acteurs incontestés des grandes découvertes, aussi courageux ont-ils été, ont ouvert la voie à une colonisation dramatique pour les populations locales ?
Chaque chapitre fut à chaque fois une source d’émerveillement, d’étonnement ou de colère… Des émotions que nous avons partagées avec toute l’équipe qui a travaillé sur ce livre. Une fois l’étape de l’écriture finalisée commençait celle des relectures et des corrections, suivie par la recherche iconographique, la mise en page, les ajouts de petits dessins humoristiques, malicieusement réalisés par la maquettiste Anne-Laure Varoutsikos. Ces compétences et ces énergies rassemblées ont donné naissance à un magnifique livre, je le dis d’autant plus volontiers que je ne suis en rien responsable de son allure. Un réalisateur que j’ai interviewé récemment se l’est procuré. Ce qu’il m’en a dit ne pouvait pas me faire plus plaisir : « Les illustrations et la mise en page sont de véritables explorations, à la fois poétiques et inspirantes. »
Depuis le 24 septembre 2025, le livre est en vente ; il circule et vit sa vie, qui désormais m’échappe. Quand je le feuillette aujourd’hui, je réalise à quel point sa rédaction a fait évoluer ma vision d’une carte du monde. Une baie me rappelle le dénouement tragique d’une expédition ; un détroit convoque le souvenir d’un explorateur que l’histoire a évincé au profit d’un autre ; le nom d’une mer, baptisée en l’honneur d’une épouse, interpelle sur les interactions constantes entre la grande histoire et la vie de ceux qui ont contribué à l’écrire, ceux-là même qui ont façonné notre monde… pour le meilleur et pour le pire !
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