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Initiation à l’écriture journalistique

Depuis un an, je suis journaliste en résidence à Stains et Epinay, deux villes de Seine-Saint-Denis. En résidence, cela signifie que je suis à disposition des acteurs de ces territoires pour mener des actions d’éducation aux médias et accompagner des projets de création de blogs, journaux… Un accompagnement qui passe inévitablement par une session de formation. En général, je fais travailler les participants sur trois exercices : la brève, le reportage et l’interview. Le premier me permet de différencier le fait de l’opinion et d’introduire la notion de message essentiel (soit répondre aux cinq questions que sont qui, quoi, où, quand, pourquoi). Il est intéressant d’observer que l’exercice est également une bonne entrée en matière pour évoquer la hiérarchie de l’information et la subjectivité/objectivité. En juillet, j’animais cette formation auprès de quatre membres du conseil citoyen de Stains. Le sujet de la brève : la séance de travail sur l’écriture journalistique. A la lecture par chacun de sa brève, l’une des participantes a fait le commentaire suivant : « sans savoir qui avait écrit quoi j’aurai pu reconnaître l’auteur de chaque texte ». En fonction de son activité professionnelle, de son engagement au sein du conseil citoyen, de ses préoccupations personnelles, le rendu était différent. 

Constat similaire lors de l’exercice sur le reportage oral. En face du local où nous nous trouvions, il y a un square, très fréquenté en début de soirée par les parents et leurs enfants. Les quatre participants ont pour mission d’y passer un quart d’heure, d’observer, de prendre des notes et/ou d’interroger les personnes présentes s’ils le souhaitent… puis de me raconter ce qu’ils ont vu. Evidemment, chaque histoire est différente aussi bien dans le fond que sur la forme, les uns s’attachant à décrire une ambiance, les autres se mettant en scène, les autres encore s’arrêtant à des détails… Mais le plus intéressant fut la discussion qui s’en suivit sur la nécessité (ou non) de préciser que les personnes présentes dans le square sont exclusivement des femmes voilées. Une participante argue que c’est un fait, l’autre que cela n’a aucune importance et que le dire c’est prêter le flanc à une représentation caricaturale des quartiers… Nous sommes au cœur de la responsabilité du journaliste, de son choix de relayer ou pas ce qu’il juge être des informations. 

Dans un autre contexte – une classe de 4èmed’un collège d’Epinay -, je propose le même exercice. Les élèves doivent se poster dans le hall au moment de l’intercours puis décrire ce qu’ils ont vu. Quasiment tous vont relater un incident entre deux adolescents… le reste étant jugé peu intéressant. Facile alors d’évoquer l’une des règles journalistiques les plus décriées – et souvent à juste titre : pourquoi vous ne parlez que des trains qui n’arrivent pas à l’heure ? Un débat qui anime la profession aujourd’hui et qui a inspiré de nombreux médias y compris deux sites web que j’ai eu la chance de diriger, Place Publique et Banlieues Créatives.

Enfin, j’aime conclure mes sessions d’initiation à l’écriture journalistique par un exercice sur l’interview. Les participants sont en binôme et chacun doit lister dix questions à poser à son interlocuteur afin de rédiger un portrait (le sujet donné peut parfois être plus anglé). Je m’amuse souvent de la difficulté de certains à rédiger des questions ou à se détacher de leurs propres obsessions pour penser à l’autre et aux bonnes portes d’entrée pour aller à sa rencontre. Cela me permet de clore la formation par un petit laïus sur la curiosité, la base de notre métier. Sans ce rapport au monde, cette envie de comprendre l’autre, ce goût pour l’altérité… pas de journalisme. 

Mieux que des discours, ces petits exercices permettent d’appréhender concrètement la posture de journaliste dans beaucoup de ses composantes. J’ose espérer que cela contribue à complexifier le regard porté sur notre profession.